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Condamné à mort

On fait comment pour vivre quand on a été condamné à mort ?
On a beau avoir survécu nous colle à la peau cet ancien sort
Impossible de désirer quoi que ce soit de vivant
Tout au plus on se rabat sur les trucs dégoûtants et restants

Ils ne sont pas très bons mais ils ont la particularité de l’amnésie
Quand je me rue comme une truie n’a plus d’importance ma vie
Quand c’est le vide à l’intérieur je ne ressens plus aucune pression
Quand je suis déjà mort à la vie je n’ai aucune détermination

Ce qui a été brisé a bien trop peur de se reconsolider
Il préfère au contraire s’éparpiller pour oublier qu’il a été un jour uni
Car se reconsolider c’est prendre le risque de pouvoir à nouveau se faire casser
Et ce sont un fracas et vacarme bien trop puissants pour qu’on en ait l’envie

Donc on va plutôt s’éparpiller au maximum, cacher toutes les parts
Oublier qu’un jour il n’y avait rien qui les séparait
On a abattu sur moi le couperet et moi j’ai tout enterré
Ça avait déjà fait suffisamment mal j’avais trop peur que ça puisse recommencer

Mes jambes ? Je ne sais plus où elles sont enterrées
Mon désir de vie ? J’en viens même à douter que j’en ai un jour été animé
Qu’est-ce qui fait que je peux encore parler ?
Vu la dose effroyable d’adversité il y a bien quelque chose qui a dû me faire persévérer

Ah oui ça y est je sais. La croyance qu’à un jour futur inconnu ça irait mieux
Qu’à un moment mes problèmes seraient résolus, que forcément à un moment je serais heureux
Et justement le pilier central sur lequel j’avais basé mon espoir a été pulvérisé
Du coup je suis là sur le cul à me demander si ça vaut le coup de continuer

Est-ce que tout ça valait le coup ?
Est-ce que je ne pourrais pas avoir une seule dose d’amour ou de réconfort stable ?
Pourquoi ça part toujours et s’effrite aussi rapidement que le sable ?
Un seul. Un seul qui me dit que valait la peine de conserver mon cou

Me brûle mes muscles du visage à force de pleurer
Qu’est-ce qui vaut la peine d’être conservé ?
Mon authenticité ? Au moins je suis authentique avec ma gorge nouée et mes yeux noyés
Bah ouais ça doit être ça ça doit être le seul truc qu’on n’ait pas vraiment réussi à me retirer

Même par terre et à penser à limite désirer de m’achever je reste dans l’authenticité
Au moins je ne suis pas décervelé du cœur et ne vais pas détruire ceux par qui je suis accompagné
Voilà. J’ai ça de gagné. Je ne suis pas débile dans la conscience de mes traumas
Ce qui fait que je souffre un max à tour de bras mais au moins je ne les sème pas à tout va

Je ne suis pas un semeur de l’enfer. Oui je suis à terre. Mais au moins je n’agrandis pas l’enfer
J’en prends toujours un peu plus conscience et me plaque au sol, me fait gémir une civière
Mais au moins je ne suis pas un semeur de l’enfer j’y résiste quand bien même éclatent mes nerfs
Je tiens bon peu importe le courant de la mer, je ne suis pas un semeur de l’enfer

Et puis me tirer ça serait un peu quand même laisser libre cours à l’enfer
Faut quand même un peu de gens qui ne soit pas semeur de l’enfer sur cette terre
C’est sûr c’est une occupation ayant des contraintes et de grandes responsabilités et adversités
Mais elle peut aussi déboucher sur la promotion de faire incarner le paradis à nos pieds.

Condamné à mort, 25/09/22

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