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Toucher vital

Enfant mort ? Est-ce que mon corps est mort ?
Enfant mort ? Est-ce que mon corps est mort ?
Enfant mort ? Est-ce que mon corps est mort ?

Je manque de contacts tactiles
Je ne sens rien suis-je une île ?
J’ai beau être touché, balloté
J’ai l’impression d’être une balle au pied

Un objet dont faut s’occuper
Et en plus l’éduquer
Si ça doit rentrer, ça va rentrer
Si ça doit manger, ça va manger.

Ah si pour éduquer
Mon corps on ne lésine pas à le toucher
Ah j’ai des fesses ?
Aie ça pique ces claques je confesse

Ah j’ai un sexe qui peut se déplier ?
Faut pas toucher !
Ah j’ai un bras ?
Vient par-là !

Mode survie frénétique activé
Un pouce dans la bouche en va-et-vient
Des ronds dans les cheveux avec l’autre main
C’est ce qui me rapprochait le plus d’apaisé.

Mais aussi un contrôle
Si je sens mes mains sur moi c’est que j’existe
Mais cette sensation part vite de la piste
Et alors les mains continuent longtemps dans ce rôle.

Des fois on me met des crèmes pour ma peau
On me prodigue les conseils de pro
Mais c’est horrible, je m’enfuis de cette corvée
Peut-être que j’étais pas habitué mais j’pense plus le manque de sensibilité

Ça m’hérisse la peau et on me dit qu’on prend soin
Ah c’est horrible je suis crispé, rigide et pas bougé, vite que ça finisse
Ce toucher qui dénigre le corps comme on enlèverait des miettes de pain
Je suis statue de pierre, je sens alors moins.

Un geste au début dur sur la peau et qui finit dans le vide
Genre une voiture à 180 dans un virage en épingle
Même les douceurs elles cinglent
Tous les contacts des autres c’est de la merde livide !

Ah si ça peut aller quand c’est moi qui vais les toucher
Mais faut que ça soit dans un angle précis et donné
Mon père quand il est assis et de dos
Je peux lui toucher la tête et le haut du dos

Sinon je ne me sentirai pas en sécurité
Faut que je puisse m’échapper s’il devient énervé
Ma mère c’est quand elle est divertie ou ennuyée
Face à la télé elle pourra ne pas remarquer

Ou sinon raconter une histoire sur sa peau
Ses cicatrices, derrière le conte c’est beaucoup moins beau
Et toucher ses courts cheveux
Je suis vite déclaré trop vieux

Ah trop cool d’avoir quelques fois joué au docteur
A toucher mon amie ça pétillait dans mes mains et mon cœur
C’est donc ça un contact féminin ?
Dommage que ça soit tellement rare et déclaré malsain.

Et même qu’en primaire j’ai pris des couleurs
J’étais devant pour toucher les collants de la maitresse
Je ne comprenais pas cette douce peau qui changeait de couleur
Tellement fasciné et absorbé, apparemment les autres voyaient mes fesses.

Que c’est cool d’avoir des boutons et poils incarnés sur les bras
Ça me permet de m’échapper de la réalité quand mon corps est immobilisé
A table, en cours, quand je suis stressé ou ça se met à crier
Ça me détend, m’occupe, me donne l’impression de m’en sortir face à ces fracas

De même que m’arracher les poils
Ma souffrance est contrôlée
Ça me donne l’impression de bien aller
Mais les boutons après faisait un peu trop mal

J’ai découvert la douceur en glissant mon ongle de pouce sur mes lèvres d’enfant
Quand j’étais très malade je claquais deux canines pour me rassurer, que oui on n’allait pas se lâcher, même en dormant
C’est le chat qui m’a appris à avoir des gestes attentionnés
Longtemps je n’ai pas compris le besoin de sensualité que je croyais être sexualité.

Tout ça j’y avais repensé
Des fois oublié,
Des fois je le savais
Mais je ne me l’étais jamais avoué

En tout cas c’était gravé dans mon corps
Ce corps qui à nouveau me demandait si j’étais mort
Qui pour m’obliger à le toucher
Me cognait, m’irritait, me grattait, se desséchait

Et au bout d’un moment j’étais bien obligé
Alors je m’en occupais avec une faible gaieté
Car à un moment le toucher me faisait frémir
Inconsciemment ça ravivait des vieux souvenirs

Mais si je n’y retourne pas
C’est mon corps qui va rester au pas
Et qui va mal fonctionner
Pour crier tout son espoir affamé d’être touché.

Toucher vital, 11/03/22

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